Chapitre 1-2

… Et je suis à le regarder, lourd de sens que cet être devant moi, il se met à pleurer au téléphone, parce que son chat est mort et que son ami est mort et je ne sais pas quoi dire, je ne suis pas préparé à cette catastrophe. Alors je ne dis rien et il raccroche et je me déchire de penser à ma simplicité. Je n’ai été qu’un numéro à appeler, je n’ai pas réussi à le consoler, à le faire rire, comme je sais si bien le faire, je ne suis bon qu’à ça et je m’en veux de n’être que ça. Il attendait mieux de moi, pas grand-chose mais rien. Il souffle sur ce combiné et je reste pantois devant sa fragilité. Combien de jours j’ai ruminé ce moment, repensant à l’instant, redisant les phrases par centaine, celle que je n’ai pas pu sortir. C’est sans doute un des jours les plus triste de ma vie, le jour où j’ai entendu, où j’ai senti mon ami pleurer, c’est comme d’imaginer ma mère pleurer, tellement douloureux. L’enfer serait de voir au même moment ces gens pleurer, je crois que ces pleurs provoqueraient ma fin. Mon corps consumé par la douleur de cette vision, tomberai en flaque d’eau. Juste un bout de vie à nettoyer par terre. Il est le seul à qui j’ai dis des choses, les choses stupides du cœur. Il est le seul à les avoir digérés.
Dans cette porte à demi large, il passe de travers, il glisse dans sa chambre. Il s’enfuit vers un ordre différent. Un désordre lyrique où se joue une tragédie. Il perce les règles à coups de gobelets en plastique, il franchit ses limites avec du papier calque, il renverse pour mieux y arriver. Le monde lui appartient, un monde post apocalyptique, sa chambre en est partiellement aspergé. Une odeur de provocation et de rire embaume ses vêtements. Il décline une attaque en faisant grimace. Et bien sur j’amplifie.
Comment est-ce arrivé, comment et par quel hasard, cet animal sibérique à traversé mon désert ? Dieu, réellement, je ne crois pas. Rien d’aussi puissant lui est possible, juste quelques hommes peut être mais cette rencontre, pauvre fou. Je ne peux raconter totalement notre histoire, l’Histoire, parce que bien sûr, à force de boire on oublie, et j’ai bu. Je me vois encore devant son ordinateur, toute la journée en caleçon, regarder des dessins animés sur internet et rire. Manger des pizzas surgelées. Prendre des photos avec la capture sur l’écran. Et bricolé nos visages tels des membres d’une fratrie unique. Et puis je m’emballe, et puis je fini sans dire exactement, avec les bon mots, je bafouille, je trébuche, et je tombe… sur un point.

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