Chapitre 2

Mon père, ce père, cet homme malheureux, triste à mourir. Seul dans sa cuisine jaune pisse. L’habitude fonctionnaire qui hante son dîner. Sa vie se résumant à des bouchons en plastique de bouteilles de vin, de faible qualité. Sa lente et silencieuse agonie, seul, toujours seul.
Mon père qui, à chaque pensée, me déchire le cœur et le foie de douleur torrentielle. La faiblesse de cet homme qui m’a tenue dans sa main, la tristesse de voir que ma main peut mettre un terme à sa douce et misérable vie. D’un coup de doigt, il tombe sur le carrelage brun du salon et la lumière qui ne perce plus les rideaux, juste quelques éclairs provenant de la télé. Son lit n’est que le reflet de sa mort, un exemple de sa place futur. Et je prie pour que jamais ne finisse sa vie dans ce lit tacheté, à côté de ses deux peaux mortes aux pieds du lit. Je traverse le temps et dans le futur, lui froid. Je suis face à ma possible et futur image, vais-je devenir ainsi, cet exemple n’est certes pas concluant et encore moins charmant.
Comment et par quel miracle, mon image ne sera pas la sienne et je pleurs du destin qui m’est offert, je pleurs de la noirceur de ces jours et de la fureur de mes pensées. Existe-t-il une manière de pouvoir alléger ce fardeau ? Oedipe lui a choisis le meurtre, heureux destin que cet aveugle fou.
Et moi, mes yeux bougent, et s’illuminent à chaque levé de soleil, et mes yeux qui pétillent quand les femmes me parlent, et mes yeux qui coulent et qui veulent brûler, se percer et devenir trou. Complètement vide, sans buts, sans reflets, sans purgatoire, sans choix. Et lui et ses yeux qui ne s’ouvrent guère et qui se ferment et s’écrasent à chaque filet de fumer. Et sa peau rouge et rêche, tellement dur sous mes tendres lèvres, que j’aimerais que mes lèvres polissent et adoucissent sa joue, et que nos bras enfin se rejoignent dans une embrassade passionnée. Et son odeur que je renifle, et souffle sur moi des airs d’enfance, de bonheur, d’innocence face à lui, face à ce qu’il représente. Oh combien il est moins fort aujourd’hui, moins fiable que ce que je pensais enfant. Il se perd dans cette image de dieu que je lui ai donné. Et chaque année il perd de sa carrure, de sa stature, de sa grandeur et de sa beauté, pour ne finir qu’en triste et faible crapaud, aux sourires tristes et aux pleurs joyeuses.
Oh papa, que c’est dur d’écrire ces mots, mais il le faut, il le fallait et ce n’est pas fini car il faut aller jusqu’au bout, puiser au loin dans notre vie commune, dans cet amour désespéré. Je suis désolé mais il le faut…

3 réponses à “Chapitre 2”

  1. zaurélie dit :

    Quand on a des choses à dire comme c’est votre cas, il faut écrire des livres. vous avez du talent.

    vivement la suite …

  2. fabiengilles dit :

    merci

  3. laure dit :

    je n’avais lu que les dernier mots, pour enfin comprendre, en reprenant le début, que vous parliez de votre père. j’ai pensé à mon père malade, dont nous prenions toutes soins (mes soeurs et moi). voir ce homme déifié, qui n’est qu’une statue aux pieds d’argiles, un homme de chair. je ne sais pas votre âge, mais on n’est jamais assez vieux pour s’apercevoir que ses parents sont des humains malgré tout. et c’est tellement dur.

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