Homme n°1

Jean kempa,
Ce nom ne vous dit rien, mais pour moi ce nom me fait rêver, cette personne me fait rêver. Elle est morte, mais bizarrement, elle fait partie des morts qui ne le sont pas pour moi. J’imagine toujours les revoir au détour d’un repas de famille ou d’un vernissage. Cet homme était mon oncle, une sorte de sauvage blanc, barbu et poilu comme Robinson avec un style à la Bee Gees. Il avait souvent ce pantalon pat d’éléphants blanc. Il ressemblait à John Lennon sur le Wedding album. Je lui ressemble et je tiens de lui ma barbe et le sentiment d’être étranger et extérieur aux occupations et discussions de ma famille. J’ai son goût pour la musique rock des années 60’s. Merci d’ailleurs de m’avoir prêté ou donné tes vinyles, sais-tu combien ils sont importants pour moi ?
Cet homme est l’homme que je voudrais connaître maintenant. J’aimerais tellement m’assoir autour de sa table basse transparente, boire des bières et fumer pour parler de musique, de la vie, de sa vie, de comment c’était d’être marin, de savoir s’il a eu des femmes et si oui combien et dans quel port, quel pays il a visité. J’imagine en pensant à lui, à Alexandrie, à Hanoï, Pékin et autre Texas, des pays inconnus ou pas encore découverts. J’imagine tellement de choses quand à cet Ulysse alcoolique, car oui il était alcoolique, et c’est bien pour ça qu’il n ‘était pas aimé. Il a eu cette vie qu’on désire mais dont on a pas envie. Il a eu une femme, tata Annick, qui ne pouvait pas avoir d’enfants alors que lui, aimait les enfants. Il les aimait à la manière de Gainsbourg dans Lemon Incest. Je vois encore cette photo de lui, torse nu, avec mes deux sœurs nues dans leur bain. Il jouait avec elles, il jouait avec nous. Je me rappelle de la dureté de sa barbe quand je l’embrassais, je me rappelle de la grosseur de ses mains quand il prenait la mienne, ridicule, enfantine.
Cet homme avait tout pour devenir l’homme parfait, l’homme que j’aurais découvert à l’adolescence, mais il est mort avant, d’une cirrhose du foie. Il est mort dans son lit après de nombreux mois de déchirements et autres vomissements. Il s’était enfermé chez lui. J’ai du le voir une dernière fois, cinq mois avant sa mort, il avait perdu ses joues mais pas sa chemise à fleurs bleues. Il était encore quelqu’un et après il a disparu, mort de soif et de tristesse, mort d’avoir trop bu et pas assez aimé. Ce n’est pas qu’il n’avait pas envie, c’est qu’il n’a pas pu donner tout son amour, alors il l’a bu. Que j’aime cet homme qui n’existe plus et que n’ai pas assez connu ! Que j’aime ce souvenir de virilité, d’amour et de pantalon blanc qui l’entoure ! Cet homme est le premier hippie que j’ai aimé, peut être le seul que j’ai connu, le seul que j’ai voulu connaître.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.